poésie prends la vie dans le bon sens

Lavie aux champs. Le soir, à la campagne, on sort, on se promène, Le pauvre dans son champ, le riche en son domaine ; Moi, je vais devant moi ; le poète en tout lieu. Se sent chez lui, sentant qu'il est partout chez Dieu. Je vais volontiers seul. Je médite ou j'écoute. Danstous les cas, la poésie rend manifeste la valeur des affects dans la vie humaine ; comme l’a écrit le jeune Marx, avant la supposée « coupure épistémologique » diagnostiquée par Althusser : « comprise de manière humaine, la souffrance est une jouissance que l’homme a de soi 9. » La pratique poétique ainsi conçue enveloppe la poésie comme art du langage, ce qu’il faut LeBon Sens De La Vie. 53 likes. CONSEILS. See more of Le Bon Sens De La Vie on Facebook AudeColmant vous propose Prends la vie dans le bon sens de Leni Cassagnettes Et si un seul texte n’avait pas la même signification en fonction du sens dans lequel il est lu ? Prends la vie dans le bon sens est un petit texte pour reprendre confiance en soi. Aude Colmant est auteure, coach et formatrice. Lapoésie, comme le voyage, est un emportement, et nul ne sait à l'avance le terme de la course. Entre poésie et voyage, le lien est originel, tant il est vrai que le déplacement est la figure fondatrice de l'une et de l'autre. Transport du propre au figuré, du concret à l'abstrait, telle est la métaphore. Site De Rencontre Personne Marié Gratuit. Voici un interview que j’ai réalisé récemment pour le magazine Santé Intégrative », d’abord parce que j’aime la poésie de Rilke, adorant le feuilleter de temps en temps pour me mettre en des états intérieurs entre rêverie et révélation spirituelle, ensuite parce qu’en la personne de ce jeune acteur Jérémie Sonntag, il y a une belle intégration entre la poésie, le théâtre et l’hypersensibilité vue sous l’angle venez de présenter un spectacle poétique consacré au grand poète Rilke, au théâtre du Lucernaire à Paris, pouvez d’abord nous parler de ce spectacle et de Rilke ?Pendant deux mois avril et mai 2013, j’ai présenté un solo poétique, consacré à Rilke, avec un montage de textes issus de toute son oeuvre, mélangé à de la video et de la musique. C’est comme une errance, un voyage pour se laisser aller et découvrir Rilke et son oeuvre. Celui-ci est né à Prague en 1875, au milieu de l’empire austro-hongrois. Il a commencé son oeuvre en allant à Paris, où il devint le secrétaire de Rodin, il a alors cotoyé le monde artistique de l’époque, mais il a décidé de s’en extraire, car il l’appréhendait beaucoup trop, et il est parti voyager seul dans toute l’Europe, afin d’en être le spectateur et écrire à son sujet. Il a décidé de ne rien avoir matériellement, pour voyager de mécène en mécène en se consacrant uniquement à l’écriture. A la fin de sa vie, un mécène lui a offert une petite maison en Suisse, où il est mort à 51 ans de leucémie. Rilke est d’abord un poète de l’hypersensibilité et de l’empathie. Il écrivait souvent très vite, d’une seule traite, quelquefois en une seule nuit, comme La chanson d’amour et de mort du cornette Christophe Rilke » ; ensuite il a évolué en essayant de construire un peu plus ses oeuvres. A la fin de sa vie, il a écrit en français, en particulier les poèmes autour de la rose qu’on a seulement retenus en France, au point de croire qu’il était mort d’une piqûre de rose, mais cela est faux et n’est pas du tout représentatif de son oeuvre. En fait Rilke est très éclectique, il a beaucoup mélangé les styles d’ avez-vous été attiré par Rilke, au point de le mettre en scène ? Depuis longtemps je caresse l’idée de me retrouver seul sur scène à dire de la poésie, afin de faire une expérience de communion avec les spectateurs. Je pense, en effet, que nous avons besoin de plus en plus de poésie dans ce monde actuel qui s’accélère et qui est dans des modes d’être très réactifs et très violents, en ayant perdu la liberté de prendre du temps et de se laisser aller en connexion à soi-même. Prendre un livre de poésie, c’est prendre ce temps de se laisser-aller, pour se remplir de mots et d’images. Je vois les gens, chaque soir au début il leur est difficile de mettre de côté leur aspect rationnel, explicatif, afin de juste s’abandonner, se poser là et laisser faire, sans rien rechercher, sans essayer de vouloir comprendre, pour se laisser rêver, se laisser aller à une divagation de mots et d’images. On se permet habituellement, juste le lâcher-prise du divertissement par le rire. J’ai eu envie d’aller à contre-pied de cela, pour se remplir de sensations, de beauté et de simplicité. Du coup, Rilke était clairement le poète avec lequel il fallait faire cela, parce que c’est un poète de la sensation et du sensible. Je voulais qu’on arrête de réfléchir, de se prendre la tête », afin de se laisser aller à soi et à la sensation. La poésie de Rilke, dès qu’on veut la saisir intellectuellement, la comprendre, elle vous échappe, il faut donc se laisser aller dans un état de très grande ouverture, de très grande disponibilité. On peut alors la comprendre, mais dans le sens de prendre à soi dans la sensation, en un endroit intérieur très profond et très cela marche avec le public ? Cela marche très bien. Je sens la salle qui cherche à comprendre au début, parce que dans la journée, au boulot, on n’arrête pas de chercher à comprendre, mais tout d’un coup ça lâche et je vois ces moments où ça lâche, ces moments où l’on s’abandonne, où on se laisse bercer par la beauté. Je ressens cela tous les soirs, à des moments différents, et tout mon travail est d’essayer d’amener le public à ce lâcher, et ça qu’il y a une autre raison plus personnelle de travailler sur Rilke ? Oui, en choisissant les textes de manière intuitive, je me suis aperçu qu’ils amenaient tous dans une même direction c’était le rapport à la sensibilité, l’hypersensibilité et l’empathie. Au début, j’ai été surtout attiré par Les Cahiers de Malte Laurids Brigge » parlant d’un jeune homme venant d’un pays étranger, qui se prend la grande ville en pleine figure, – c’est au début du 20e siécle, mais cela ressemble à l’immersion dans les grandes mégapoles actuelles avec leur foule, leur misère et leur violence. Ce jeune homme n’a pas de barrière entre lui et le monde environnant et les sensations de ce monde pénètrent en lui jusqu’à le terrifier. Souffrant moi-même de spasmophilie et d’hypersensibilité, j’ai toujours été très sensible à cette écriture, et j’ai appris en lisant la Correspondance de Rilke, que toute sa vie, il a eu des malaises, sans comprendre pourquoi. Les médecins de l’époque lui ont prescit des électrochocs ou des séances de psychanalyse. Il n’a pas voulu ni de l’un, ni de l’autre l’écriture sans doute était sa thérapie. A la fin de sa vie, un médecin lui a juste dit vous avez une maladie du grand nerf sympathique . J’ai pu moi-même vérifier cela avec mon médecin traitant en éprouvant tous les troubles de la spasmophilie. Ce médecin est même allé dans sa bibliothèque, chercher un petit livre, qui était des poèmes de Rilke qu’il aimait lire entre deux patients. Donc par rapport à ce que j’ai vécu, j’ai senti que j’avais besoin de dire quelque chose à cet endroit là, parce que Rilke décrit très bien la perte de soi au monde et le monde qui se perd en soi, et comment sortir de cet état là. J’étais un très bon vecteur pour cette parole-là. Comment sortir de cet état là » est-ce que Rilke fournit des clés ? Oui, et c’est le fil du spectacle dans une 1ère partie, Rilke est confronté au monde et à ses sensation désagréables, ensuite vient un moment où il en analyse pour ainsi dire les causes, avec des souvenirs des images d’enfance, – c’est presque une psychanalyse personnelle. Enfin, cela l’amène à se dire quelle chance j’ai d’être comme je suis ! », afin de juste tout accepter, en le transcendant et le dépassant, pour en faire quelque chose. Le leitmotiv de Rilke c’est de faire quelque chose avec l’angoisse. Toutes ces douleurs, c’est le ferment, c’est le terreau qui fait notre différence et qu’il est bon de cultiver en commençant par l’accepter pour en faire quelque chose, comme Rilke l’a fait avec l’écriture en trouvant un nouveau rapport au monde. Donc, je peux dire que Rilke m’a fait vraiment du bien. Par exemple lors de transport en commun, où la crise de spasmo » n’était pas loin, il m’est arrivé de m’apaiser en lisant du Rilke, car son écriture est foncièrement positive, lumineuse et va vers le beau. Le fait aussi de dire ces mots sur scène peut m’apaiser de toutes mes sensations troublantes ou violentes. Ainsi, j’aime beaucoup ce texte tiré de la dixième élégie de Duino » Nous gâchons nos douleurs. Désespérément, nous cherchons à l’horizon du temps Leur éventuelle fin, alors qu’elles sont notre verdure en plein hiver, Notre noire pervenche, L’une des saisons de notre année mentale Et pas seulement saison ; Elles sont lieu, résidence, base, sol, y a un texte aussi à la fin du spectacle, qui représente un apaisement ; il est issu d’une pièce de théâtre Ame d’hiver » se terminant par le monologue d’une femme aveugle qui raconte comment, depuis qu’elle ne voit plus, elle voit d’une autre manière Puis vers mes yeux le chemin s’est fermé Je ne le connais plus, Tout en moi maintenant, allant et venant, Tout est sûr, tout est sans soucis ; les sentiments Vont ça et là comme des convalescents prenant plaisir A circuler dans l’obscure maison de mon corps. Quelques uns font leur choix Parmi les souvenirs, Et les plus jeunes Regardent tous dehors … Je n’ai plus maintenant à me passer de rien Les couleurs sont toutes transcrites En bruit et senteur. Et retentissant d’une beauté infinie en sonorités… A quoi me servirait un livre ? Le vent feuillette à l’intérieur des arbres Et je sais ce que peuvent y être les mots Et je les répète souvent à voix basse. – Et la mort, qui cueille les regards comme des fleurs, ne trouve pas mes yeux… »La dernière phrase pour les hypersensibles est importante, car elle évoque le rapport à la mort imminente, très violente dans les crises et malaises, elle me fait du bien, elle ouvre vers quelque chose de quelle manière vous sentez-vous aussi différent de Rilke ? Il y a une grande différence Rilke, parce que son rapport au monde était trop compliqué, a choisi de s’enfuir, de vivre seul, d’écrire en étant spectateur avec comme seule relation aux gens, le rapport épistolaire. Il y a une sorte de perte du contact avec le monde et les autres en une solution extrême, où je ne me reconnais pas. Au contraire par le théâtre je provoque le contact, et le contact avec le public est très fort. Je sens énormément les gens – c’est d’ailleurs ce qui différencie le théâtre du cinéma – c’est un vrai moment de partage, d’échange et de communion. Tous les comédiens se ressemblent pour cela, mais moi, étant hypersensible, c’est peut-être plus fort, et avec un texte comme celui-ci, encore plus que le spectacle touche à sa fin, pouvez-vous en tirer un bilan ? Ce spectacle rencontre un très fort écho, d’abord par rapport à la poésie – les gens en ont besoin -, ensuite par rapport à Rilke et la sensation. Cela fait du bien de savoir que les gens ont besoin de se poser, de se laisser aller à rêver, à divaguer, afin d’aller à la contemplation. C’était un véritable pari que de proposer un spectacle de poésie, à 18h 30, sur Rilke qui n’est pas très connu en France, hormis ses Lettres à un jeune poète ». Le public est venu surtout par le bouche à oreille. Les gens étaient nombreux et beaucoup n’arrivaient pas à quitter la salle après la représentation, se sentant vraiment bien. Certains m’écrivent des lettres pour me remercier ; l’autre jour à la fin d’une représentation je suis resté avec un groupe de jeunes de 18 à 20 ans, je ne pensais pas qu’ils pouvaient être intéressés par Rilke ; en fait cela fut pour eux une vraie révélation, quelque chose s’est passé, peut-être parce qu’il y a une partie dans le spectacle que l’on peut mettre en parallèle avec la sortie de l’adolescence et la confrontation au monde, peut-être parce que nous avons voulu dans la mise en scène que le spectateur soit baigné dans une atmosphère visuelle et sonore en plus des textes, ce qui permet à certains, – puisque nous sommes dans une société de l’image -, une autre porte d’accès aux mots. J’ai donc découvert le bonheur que la poésie puisse être partagée et que cela puisse être très important pour les gens hypersensibles. Il y a beaucoup de gens hypersensibles, faisant par exemple des crises de spasmophilie, qui sont venus me voir pour me remercier, car le cheminement du spectacle leur a permis d’explorer leur propre angoisse, en leur montrant qu’ils pouvaient aller au delà. C’est aussi une très belle porte d’entrée pour ma compagnie, que je viens de fonder avec Florian Goetz. Elle va continuer à porter ce spectacle avec une tournée en province et une présentation en 2014 à Avignon. C’est aussi le point de départ de nouveaux spectacles tournés vers la poésie et la littérature, afin d’amener des textes d’auteurs, que l’on connait sans connaître, dans une mise en scène contemporaine, pouvant permettre de changer l’image de la poésie vieillie et poussiéreuse », surtout auprès des jeunes. Tout le but de ces spectacles sera de faire sortir le public de ses préjugés, de ses images préconçues. Des gens sont venus me dire je n’aime pas la poésie, mais là merci ! Demain je vais aller acheter des livres et lire de la poésie . Cela c’est le plus beau compliment, pour moi, c’est réussi, et les prochains projets iront dans ce sens comment donner une étincelle de vie à certaines oeuvres un peu que vous pouvez aussi nous parler de votre compagnie dans la variété de ses activités ? La compagnie donne aussi beaucoup de formation et de pédagogie dans les écoles, – c’est surtout le travail de Florian Goetz – avec un pôle de recherche pour les enfants dyslexiques, pour les enseignants afin de leur apprendre à être sur scène, savoir placer leur voix, gérer une salle, prendre conscience du groupe et pour les enfants savoir écouter et être ensemble. La compagnie s’occupe aussi du 3e âge, notamment dans son rapport à la mémoire. Personnellement, en tant que comédien, je travaille aussi avec d’autres compagnies dans les prisons, ou pour faire du théâtre forum et citoyen ». Un spectacle dans une prison, ça fait du bien, ça fait revenir à l’essentiel, ça fait sortir le théâtre de là où il est habituellement. J’ai mis en scène un spectacle pour enfants, je joue de la musique, je suis aussi chanteur… En ce moment, je pars pour un spectacle de rue sur les faits divers, les tueurs en série, pour présenter notre rapport à la peur, afin d’interroger notre regard de voyeur ou d’identification à la victime. J’aime varier les univers pour les rassembler ensuite, pour ne pas les mettre dans des cases, pour transformer la vision traditionnelle du Les arpenteurs de l’invisible interviews, poésie, psychothérapies Cette entrée a été publiée le dimanche 21 juillet 2013 à 21 h 17 min, et rangée dans Non classé, poésie. Les commentaires et les pings sont pour le moment fermés. Si vous cherchez des poèmes français pour dire bonjour ou souhaiter une bonne journée à quelqu'un, vous êtes au bon endroit. Bien que l’art soit subjectif, j’ai tenté de sélectionner des poèmes incontournables en me basant sur mes préférences personnelles et leur présence dans plusieurs anthologies de la poésie française que j’ai pu lire. Voici donc quelques beaux poèmes célèbres pour souhaiter une bonne journée à votre douce moitié, un ami, un parent, un collègue... Si vous ne trouvez pas votre bonheur sur cette page, vous pouvez aussi lire les plus beaux poèmes d'amour sur ce site. La poésie vous détend, vous inspire, vous motive ? J'offre le contenu de ce site sans publicité. Joignez la communauté Poetica Mundi pour soutenir ce projet et profiter de nombreux avantages Publications réservées aux membresActivités de créativité et de détenteLivres numériques, livres audio et poèmes à imprimerDemandes spéciales sur YouTubeDiscussions avec des amateurs de poésie Bonjour mon cœur - Pierre de Ronsard Bonjour mon cœur, bonjour ma douce mon œil, bonjour ma chère amie,Hé ! bonjour ma toute belle,Ma mignardise, bonjour,Mes délices, mon amour,Mon doux printemps, ma douce fleur nouvelle,Mon doux plaisir, ma douce colombelle,Mon passereau, ma gente tourterelle,Bonjour, ma douce rebelle. Hé ! faudra-t-il que quelqu'un me reprocheQue j'aie vers toi le cœur plus dur que rocheDe t'avoir laissée, maîtresse,Pour aller suivre le Roi,Mendiant je ne sais quoiQue le vulgaire appelle une largesse ?Plutôt périsse honneur, court, et richesse,Que pour les biens jamais je te relaisse,Ma douce et belle déesse. Bonjour madame - Auteur Anonyme Bonjour madameQuelle heure est-il ?Il est midiQu'est-ce qui l'a dit ?La petite sourisOù donc est-elle ?Dans la chapelleQue fait-elle ?De la dentellePour qui ?Pour les dames de ParisQui portent des petits souliers grisPinpon d'orLa plus belle est en dehors. Bonjour, Suzon - Alfred de Musset Bonjour, Suzon, ma fleur des bois !Es-tu toujours la plus jolie ?Je reviens, tel que tu me vois,D'un grand voyage en paradis j'ai fait le tour ;J'ai fait des vers, j'ai fait l' que t'importe ? Bis.Je passe devant ta maison ;Ouvre ta Suzon ! Je t'ai vue au temps des cœur joyeux venait d' tu disais " Je ne veux pas,Je ne veux pas qu'on m'aime encore. "Qu'as-tu fait depuis mon départ ?Qui part trop tôt revient trop que m'importe ? Bis.Je passe devant ta maison ;Ouvre ta Suzon ! Ni bonjour ni bonsoir - Gérard de Nerval Ni bonjour ni bonsoirLe matin n'est plus ! le soir pas encore !Pourtant de nos yeux l'éclair a bonjour ni bonsoirMais le soir vermeil ressemble à l'aurore,Et la nuit plus tard amène l'oubli ! Ballade Pour Mademoiselle Edmée Daudet - Théodore de Banville Dans vos yeux, sur la vie amèreBrilleront les clairs diamantsQu'on voit dans ceux de votre mille éblouissements,Au milieu des rêves charmantsDont se pare la Renommée,Vous naissez parmi les mademoiselle Edmée. Bien mieux que la rose éphémère,Vos lèvres, ces enchantements,Riront à la belle prunelles aux feux dormantsOnt de vagues rayonnements,Comme une lueur alluméeAux mystérieux mademoiselle Edmée. Comme, avec un dédain sommaire,Le poëte, en ces doux moments,Quittant la Muse et sa grammaire,A vite oublié les tourments,L'orgueil, les applaudissementsEt la gloire, cette fumée,Avec de longs ravissements !Bonjour, Mademoiselle Edmée. Envoi Princesse, des regards aimantsFêtent votre chair parfuméeEt vos tendres mademoiselle Edmée. Réveil - Paul-Jean Toulet Si tu savais encor te lever de bonne heure,On irait jusqu'au bois, où, dans cette eau qui pleurePoursuivant la rainette, un jour, dans le cressonTremblante, tes pieds nus ont leur nacre le rossignol a tari sa chanson ;L'aube a mis sa rosée aux toiles d'araignée,Et l'arme du chasseur, avec un faible son,Perce la brume, au loin, de soleil imprégnée. Mélodie - Gérard de Nerval Quand le plaisir brille en tes yeuxPleins de douceur et d'espérance,Quand le charme de l'existenceEmbellit tes traits gracieux, −Bien souvent alors je soupireEn songeant que l'amer chagrin,Aujourd'hui loin de toi, peut t'atteindre demain,Et de ta bouche aimable effacer le sourire ;Car le Temps, tu le sais, entraîne sur ses pasLes illusions dissipées,Et les yeux refroidis, et les amis ingrats,Et les espérances trompées ! Mais crois-moi, mon amour ! tous ces charmes naissantsQue je contemple avec ivresse,S'ils s'évanouissaient sous mes bras caressants,Tu conserverais ma tendresse !Si tes attraits étaient flétris,Si tu perdais ton doux sourire,La grâce de tes traits chérisEt tout ce qu'en toi l'on admire,Va, mon cœur n'est pas incertain De sa sincérité tu pourrais tout mon amour, vainqueur du Temps et du Destin,S'enlacerait à toi, plus ardent et plus tendre ! Oui, si tous tes attraits te quittaient aujourd'hui,J'en gémirais pour toi ; mais en ce cœur fidèleJe trouverais peut-être une douceur nouvelle,Et, lorsque loin de toi les amants auraient fui,Chassant la jalousie en tourments si féconde,Une plus vive ardeur me viendrait animer. Elle est donc à moi seul, dirais-je, puisqu'au mondeIl ne reste que moi qui puisse encor l'aimer ! » Mais qu'osé-je prévoir ? tandis que la jeunesseT'entoure d'un éclat, hélas ! bien passager,Tu ne peux te fier à toute la tendresseD'un cœur en qui le temps ne pourra rien le connaîtras mieux s'accroissant d'âge en âge,L'amour constant ressemble à la fleur du soleil,Qui rend à son déclin, le soir, le même hommageDont elle a, le matin, salué son réveil ! Bonjour monsieur le Soleil - Anonyme Bonjour monsieur le SoleilQue faites-vous donc là ?J'fais mûrir des groseillesPour tous ces enfants-là. Réveil - Jean Richepin Nous avons été des gens sagesCette nuit, je ne sais ce matin, je sens en moiDes éternités de nuages. Toi-même sur ton front vermeilTu gardes des reflets nocturnes,Et tes yeux sont comme des urnesOù fume un restant de sommeil. Nous avons trop dormi, ma vorace amour se plaintDe n'avoir pas le ventre plein,Lui qui fait toujours bonne chère. Allons, mignonne, allons, debout !Chassez-moi nos pensers nourri mes yeux de ténèbres,J'ai fait des rêves de hibou. Mais en vous voyant fraîche et rose,J'en fais qui sont couleur de la voix de notre amourQui pour fleurir veut qu'on l'arrose. C'étaient nos vœux inapaisésQui nous rendaient à nos cœurs faméliquesUn large repas de baisers. C'est le remède, c'est la vie !Tu m'enlaces ; moi, je t'étreins ;Et mangeant le feu de nos reins,Se tait notre bête assouvie. Les désespoirs les plus ardents,Les tristesses les plus farouches,Quand nous unissons nos deux bourbesSont égorgés entre nos dents. Le matin - Théophile de Viau L'Aurore sur le front du jourSeme l'azur, l'or et l'yvoire,Et le Soleil, lassé de boire,Commence son oblique tour. Ses chevaux, au sortir de l'onde,De flame et de clarté couverts,La bouche et les nasaux ouverts,Ronflent la lumiere du monde. Ardans ils vont à nos ruisseauxEt dessous le sel et l'escumeBoivent l'humidité qui fumeSi tost qu'ils ont quitté les eaux. La lune fuit devant nos yeux ;La nuict a retiré ses voiles ;Peu à peu le front des estoillesS'unit à la couleur des Cieux. Les ombres tombent des montagnes,Elles croissent à veüe d'œil,Et d'un long vestement de deuilCouvrent la face des campagnes. Le Soleil change de sejour,Il penetre le sein de l'onde,Et par l'autre moitié du mondePousse le chariot du jour. Desjà la diligente avetteBoit la marjolaine et le thyn,Et revient riche du butinQu'elle a prins sur le mont Hymette. Je voy le genereux lionQui sort de sa demeure creuse,Hérissant sa perruque affreuseQui faict fuir Endimion. Sa dame, entrant dans les boccagesCompte les sangliers qu'elle a pris,Ou devale, chez les espritsErrans aux sombres marescages. Je vois les agneaux bondissansSur les bleds qui ne font que naistre ;Cloris, chantant, les meine paistreParmi ces costaux verdissans. Les oyseaux, d'un joyeux ramage,En chantant semblent adorerLa lumiere qui vient dorerLeur cabinet et leur plumage. Le pré paroist en ses couleurs,La bergere aux champs revenueMouillant sa jambe toute nueFoule les herbes et les fleurs. La charrue escorche la plaine ;Le bouvier, qui suit les seillons,Presse de voix et d'aiguillonsLe couple de bœufs qui l'entraine. Alix appreste sou fuseau ;Sa mere qui luy faict la tasche,Presse le chanvre qu'elle attacheA sa quenouille de roseau. Une confuse violenceTrouble le calme de la nuict,Et la lumiere, avec le bruit,Dissipe l'ombre et le silence. Alidor cherche à son resveilL'ombre d'Iris qu'il a baiseeEt pleure en son ame abuseeLa fuitte d'un si doux sommeil. Les bestes sont dans leur taniere,Qui tremblent de voir le Soleil,L'homme, remis par le sommeil,Reprend son œuvre coustumiere. Le forgeron est au fourneau ;Voy comme le charbon s'alume !Le fer rouge dessus l'enclumeEstincelle sous le marteau. Ceste chandelle semble morte,Le jour la faict esvanouyr ;Le Soleil vient nous esblouyr Voy qu'il passe au travers la porte ! Il est jour levons-nous Philis ;Allons à nostre jardinage,Voir s'il est comme ton visage,Semé de roses et de lys. Le soleil levant - Marc-Antoine Girard de Saint-Amant Jeune déesse au teint vermeil,Que l'Orient révère,Aurore, fille du Soleil,Qui nais devant ton père,Viens soudain me rendre le jour,Pour voir l'objet de mon amour. Certes, la nuit a trop duré ;Déjà les coqs t'appellent Remonte sur ton char doré,Que les Heures attellent,Et viens montrer à tous les yeuxDe quel émail tu peins les cieux. Mouille promptement les guéretsD'une fraîche rosée,Afin que la soif de CérèsEn puisse être apaisée,Et fais qu'on voie en cent façonsPendre tes perles aux buissons. Ha ! je te vois, douce clarté,Tu sois la bien venue Je te vois, céleste beauté,Paraître sur la nue,Et ton étoile en arrivantBlanchit les coteaux du levant. Le silence et le morne roiDes visions funèbresPrennent la fuite devant toiAvecque les ténèbres,Et les hiboux qu'on oit gémirS'en vont chercher place à dormir. Mais, au contraire, les oiseauxQui charment les oreillesAccordent au doux bruit des eauxLeurs gorges non pareillesCélébrant les divins appasDu grand astre qui suit tes pas. La Lune, qui le voit venir,En est toute confuse ;Sa lueur, prête à se ternir,A nos yeux se refuse,Et son visage, à cet abord,Sent comme une espèce de mort. Le chevreuil solitaire et doux,Voyant sa clarté pureBriller sur les feuilles des houxEt dorer leur verdure,Sans nulle crainte de veneur,Tâche à lui faire quelque honneur Le cygne, joyeux de revoirSa renaissante flamme,De qui tout semble recevoirChaque jour nouvelle âme,Voudrait, pour chanter ce plaisir,Que la Parque le vînt saisir... L'abeille, pour boire des pleurs,Sort de sa ruche aimée,Et va sucer l'âme des fleursDont la plaine est semée ;Puis de cet aliment du cielElle fait la cire et le miel. Le gentil papillon la suitD'une aile trémoussante,Et, voyant le soleil qui luit,Vole de plante en plante,Pour les avertir que le jourEn ce climat est de retour. Là, dans nos jardins embellisDe mainte rare chose,Il porte de la part du lysUn baiser à la rose,Et semble, en messager discret,Lui dire un amoureux secret. Au même temps, il semble à voirQu'en éveillant ses charmes,Cette belle lui fait savoir,Le teint baigné de larmes,Quel ennui la va consumantD'être si loin de son amant. Hymne au soleil - Edmond Rostand Je t'adore, Soleil ! ô toi dont la lumière,Pour bénir chaque front et mûrir chaque miel,Entrant dans chaque fleur et dans chaque chaumière,Se divise et demeure entièreAinsi que l'amour maternel ! Je te chante, et tu peux m'accepter pour ton prêtre,Toi qui viens dans la cuve où trempe un savon bleuEt qui choisis, souvent, quand tu veux disparaître,L'humble vitre d'une fenêtrePour lancer ton dernier adieu ! Tu fais tourner les tournesols du presbytère,Luire le frère d'or que j'ai sur le clocher,Et quand, par les tilleuls, tu viens avec mystère,Tu fais bouger des ronds par terreSi beaux qu'on n'ose plus marcher ! Gloire à toi sur les prés! Gloire à toi dans les vignes !Sois béni parmi l'herbe et contre les portails !Dans les yeux des lézards et sur l'aile des cygnes !Ô toi qui fais les grandes lignesEt qui fais les petits détails ! C'est toi qui, découpant la Sœur jumelle et sombreQui se couche et s'allonge au pied de ce qui luit,De tout ce qui nous charme as su doubler le nombre,A chaque objet donnant une ombreSouvent plus charmante que lui ! Je t'adore, Soleil ! Tu mets dans l'air des roses,Des flammes dans la source, un dieu dans le buisson !Tu prends un arbre obscur et tu l'apothéoses !Ô Soleil ! toi sans qui les chosesNe seraient que ce qu'elles sont ! Aux damoiselles paresseuses d'écrire à leurs amis - Clément Marot Bonjour et puis, quelles nouvelles ?N'en saurait-on de vous avoir ?S'en bref ne m'en faites savoir,J'en ferai de toute nouvelles. Puisque vous êtes si rebelles,Bon vêpre, bonne nuit, bonsoir,Bonjour ! Mais si vous cueillez des groselles,Envoyez-m'en ; car, pour tout voir,Je suis gros, mais c'est de vous voirQuelque matin, mes damoiselles Bonjour ! Marie, levez-vous, ma jeune paresseuse - Pierre de Ronsard Marie, levez-vous, ma jeune paresseuse Jà la gaie alouette au ciel a fredonné,Et jà le rossignol doucement jargonné,Dessus l'épine assis, sa complainte amoureuse. Sus ! debout ! allons voir l'herbelette perleuse,Et votre beau rosier de boutons couronné,Et vos œillets mignons auxquels aviez donné,Hier au soir de l'eau, d'une main si soigneuse. Harsoir en vous couchant vous jurâtes vos yeuxD'être plus tôt que moi ce matin éveillée Mais le dormir de l'Aube, aux filles gracieux, Vous tient d'un doux sommeil encor les yeux ! çà ! que je les baise et votre beau tétin,Cent fois, pour vous apprendre à vous lever matin. Le Poisson sans-souci - Robert Desnos Le poisson sans-souciVous dit bonjour vous dit bonsoirAh ! qu'il est doux qu'il est poliLe poisson sans-souci. Il ne craint pas le mois d'avrilEt tant pis pour le pêcheurAdieu l'appât adieu le filEt le poisson cuit dans le beurre. Quand il prend son apéritifà Conflans Suresnes ou CharentonLes remorqueurs brûlant le charbon de CardiffNe dérangeraient pas ce buveur de bon ton. Car il a voyagé dans des tuyaux de plombAvant de s'endormir sur des pierres d'évierOù l'eau des robinets chante pour le bercerCar il a voyagé aussi dans des flaconsQue les courants portaient vers des rives désertesAvec l'adieu naufragé à ses amis. Le poisson sans-souciQui dit bonjour qui dit bonsoirAh ! qu'il est doux et poliLe poisson sans-souciLe souci sans souciLe Poissy sans SoissonsLe saucisson sans poidsLe poisson sans-souci. Le Réveil - Robert Desnos Entendez-vous le bruit des roues sur le pavé ?Il est tard. Levez-vous. Midi à son de trompeRéclame le passage à l'écluse et, rêvé,Le monde enfin s'incarne et déroule ses pompes. Il est tard. Levez-vous. L'eau coule en la faut laver ce corps que la nuit a faut nourrir ce corps affamé de faut vêtir ce corps après l'avoir mouillé. Après avoir frotté les mains que tachait l'encre,Après avoir brossé les dents où pourrissaientTant de mots retenus comme bateaux à l'ancre,Tant de chansons, de vérités et de secrets. Il est tard. Levez-vous. Dans la rue un refrainVous appelle et vous dit Voici la vie réelle » .On a mis le couvert. Mangez à votre faimPuis remettez le mors au cheval qu'on attelle. Pourtant pensez à ceux qui sont muets et sourdsCar ils sont morts, assassinés, au petit jour. Le réveil II - Albert Mérat Le soleil s'est levé du milieu des collinesComme le premier-né divin des nuits d'été,Déchirant, dans un vol de flammes emporté,Du matin frissonnant les frêles mousselines. Les champs, l'eau, les forêts graves et sibyllines,La terre jusqu'au ciel tressaille de chœur universel des bêtes a chanté,Voix dans l'air, voix des bois, sauvages et câlines. L'homme seul, raisonneur pensif dès le réveil,Regarde cette joie, en son retour vermeil,Éternellement rose, aimable et coutumière ; Et comme elle n'a pas été faite pour lui,Sans folles actions de grâces, sans ennui,D'un œil indifférent accepte la lumière. À quelqu'un qui me réveillait - Antoine-Vincent Arnault Pourquoi me rendre à ma douleur ?Pourquoi rétablis-tu, barbare,Entre mon sort et le bonheurL'immensité qui les sépare ? En précipitant mon réveil,Sais-tu bien ce que tu m'enlèves ?Je retrouverai mon sommeil,Mais retrouverai-je mes rêves ? Je revoyais mon doux pays,Ces beaux lieux que la Seine arrose !J'embrassais mes heureux amis,Et j'étais à côté de Rose ! Objets de mes vœux assidus,Vous qui m'aimez, toi que j'adore,Vous que j'avais déjà perdus,Fallait-il donc vous perdre encore ! Le Réveil - René-François Sully Prudhomme Si tu m’appartenais faisons ce rêve étrange !,Je voudrais avant toi m’éveiller le matinPour m’accouder longtemps près de ton sommeil d’ange,Egal et murmurant comme un ruisseau lointain. J’irais à pas discrets cueillir de l’églantine,Et, patient, rempli d’un silence joyeux,J’entr’ouvrirais tes mains, qui gardent ta poitrine,Pour y glisser mes fleurs en te baisant les yeux. Et tes yeux étonnés reconnaîtraient la terreDans les choses où Dieu mit le plus de douceur,Puis tourneraient vers moi leur naissante lumière,Tout pleins de mon offrande et tout pleins de ton cœur. Oh ! Comprends ce qu’il souffre et sens bien comme il aime,Celui qui poserait, au lever du soleil,Un bouquet, invisible encor, sur ton sein même,Pour placer ton bonheur plus près de ton réveil ! Le réveil - Marceline Desbordes-Valmore Sur ce lit de roseaux puis-je dormir encore ?Je sens l'air embaumé courir autour de toi ;Ta bouche est une fleur dont le parfum dévore Approche, ô mon trésor, et ne brûle que éveille-toi ! Mais ce souffle d'amour, ce baiser que j'envie,Sur tes lèvres encor je n'ose le ravir ;Accordé par ton cœur, il doublera ma sommeil se prolonge, et tu me fais mourir Je n'ose le ravir. Viens, sous les bananiers nous trouverons l' oiseaux vont chanter en voyant notre soleil est jaloux, il est sous un nuage,Et c'est dans tes yeux seuls que je cherche le jour Viens éclairer l'amour. Non, non, tu ne dors plus, tu partages ma flamme ;Tes baisers sont le miel que nous donnent les cœur a soupiré, viens-tu chercher mon âme ?Elle erre sur ma bouche et veut sécher tes sous des fleurs. L'aurore s'allume - Victor Hugo L'aurore s'allume ;L'ombre épaisse fuit ;Le rêve et la brumeVont où va la nuit ;Paupières et rosesS'ouvrent demi-closes ;Du réveil des chosesOn entend le bruit. Tout chante et murmure,Tout parle à la fois,Fumée et verdure,Les nids et les toits ;Le vent parle aux chênes,L'eau parle aux fontaines ;Toutes les haleinesDeviennent des voix ! Tout reprend son âme,L'enfant son hochet,Le foyer sa flamme,Le luth son archet ;Folie ou démence,Dans le monde immense,Chacun recommenceCe qu'il ébauchait. Qu'on pense ou qu'on aime,Sans cesse agité,Vers un but suprême,Tout vole emporté ;L'esquif cherche un môle,L'abeille un vieux saule,La boussole un pôle,Moi la vérité. Jeune fille - Charles Dovalle extrait Pendant les heures du sommeilLa jeune fille fait des songesTout pleins de séduisants mensonges ;Puis, au réveil,Elle sourit, comme pour direAu doux soleil un doux bonjour,Et ce sourire,C'est de l'amour. À une Demoiselle malade - Clément Marot Ma mignonne,Je vous donneLe bon jour;Le séjourC’est ouvrezVotre porteEt qu’on sorteVitement,Car ClémentLe vous friandeDe ta bouche,Qui se coucheEn dangerPour mangerConfitures;Si tu duresTrop malade,Couleur fadeTu prendras,Et perdrasL’ te dointSanté bonne,Ma mignonne. Vieille Clameur - Robert Desnos extrait Salut de bon matin quand l'ivresse est communequand le fleuve adolescent descend d'un pas nonchalantles escaliers de marbre colossauxavec son cortège de nuées blanches et d'ortiesLa plus belle nuée était un clair de lune récemment transforméet l'ortie la plus haute était couverte de diamantsSalut de bon matin à la fleur du charbonla vierge au grand cœur qui m'endormira ce soirSalut de bon matin aux yeux de cristal aux yeux de lavande aux yeux de gypseaux yeux de calme plat aux yeux de sanglot aux yeux de tempêteSalut de bon matin salutLa flamme est dans mon cœur et le soleil dans le verreMais jamais plus hélas ne pourrons-nous dire encoreSalut de bon matin tous ! crocodiles yeux de cristal orties viergefleur du charbon vierge au grand cœur. Le Coucou - Robert Desnos Coucous des bois et des jardins,J'ai le cœur joyeux, j'ai le cœur fleuri, coucou malin,Je viendrai te cueillir le cœur joyeux, j'ai le cœur tranquille,De bon matin. Ineffable lever... - Victor Hugo Ineffable lever du premier rayon d'or,Du jour éclairant tout sans rien savoir encor !O matin des matins ! amour ! joie effrénéeDe commencer le temps, l'heure, le mois, l'année !Ouverture du monde ! instant prodigieux !La nuit se dissolvait dans les énormes cieuxOù rien ne tremble, où rien ne pleure, où rien ne souffre ;Autant que le chaos la lumière était gouffre ;Dieu se manifestait dans sa calme grandeur,Certitude pour l'âme et pour les yeux splendeur ;De faîte en faîte, au ciel et sur terre, et dans toutesLes épaisseurs de l'être aux innombrables voûtes,On voyait l'évidence adorable éclater. [...] J’espère de cette sélection de poèmes vous a plus. N'hésitez pas à en envoyer un aux personnes que vous appréciez pour leur souhaiter une bonne journée en poésie. Autres pages qui pourraient vous intéresser Les meilleurs poèmes pour dire bonsoir ou bonne nuitPoèmes d'amour courts et citations à envoyer par message Cliquez ci-dessous pour découvrir un poème sélectionné au hasard. Message aux membres de Poetica Mundi ! Chers membres de la communauté Poetica Mundi, n'oubliez pas D'aller consulter les publications de la communauté poèmes, quiz, messages ;De télécharger vos nouveaux avantages livres, activités, poèmes à imprimer, etc. ;Et de m'envoyer vos demandes spéciales. Cliquez sur le lien suivant pour vous connecter ou devenir membre. 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Le répit qu’elle peut donner nous ouvre parfois le seul refuge où l’esprit affolé puisse espérer retrouver l’ poésie, que les naïfs avaient crue morte, elle saute aujourd’hui d’entre les décombres et prend une chaleur nouvelle, comme un retour de flamme sort d’un crassier qu’on croyait éteint. Le besoin de poésie qu’éprouvent nos poumons intellectuels se manifeste donc dans le temps même que les hommes s’empêtrent dans des lignes de force. Profitons-en pour lui rendre, dans notre pays bouleversé, la place qui lui est due. Fortifions son rôle et son ne tenterai pas, une fois de plus, de circonscrire la notion de poésie. Je n’essaierai, après tant d’autres, d’en chercher une définition incomplète ou manquée. J’en ai fait, naturellement, de nombreuses. Et chaque fois que je croyais en tenir une, elle était déjà hors d’atteinte, et chaque fois que je me disais c’est la bonne, elle s’était déjà volatilisée Â La poésie, c’est le point où la prose décolle… C’est le moment que l’homme, assis prosaïquement “au banquet de la vie” dans une grande faim de bonheur, se sent l’âme mélodieuse à l’heure où, comme dit Villiers de l’IsIe-Adam, grand poète en prose, un peu de liqueur après le repas fait qu’on s’estime, se lève de table et se met à chanter… La poésie consiste à construire en soi, pour la projeter au dehors, un bonheur que la vie n’a pas voulu vous »C’est peut-être là de l’impressionnisme. Mais nous ne dirons pas avec le père Hugo que la grande poésie a pour matière tout ce qu’il y a d’estime en nous ; pas davantage avec Jouffroy que la poésie lyrique est toute la poésie ; moins encore, avec tel autre, que la poésie est un régime privilégié de catachrèses…Il reste aujourd’hui, de cette révolution calme et brillante que fut le Symbolisme, un document capital, une des définitions les plus exactes de la poésie qu’on puisse lire et qu’on devrait bien graver sur quelque pierre monumentale, celle qu’en donna Mallarmé Â La poésie est l’expression, par le langage humain ramené à son rythme essentiel, du sens mystérieux des aspects de l’existence. Elle doue ainsi d’authenticité notre séjour et constitue la seule tâche »Cependant, la poésie est peut-être la chose du monde la plus immédiatement sensible. Nous avons senti et nous sentons tous, depuis longtemps et sans avoir besoin d’en parler, ce que c’est que la poésie, cette  gaie science » qui soulage un cÅ“ur trop lourd. Vous avez lu Verlaine. Il n’est d’ailleurs pas seulement question de lire des poèmes ou d’apprendre par cÅ“ur des pièces d’anthologie. Il n’est pas non plus nécessaire d’écrire en vers pour être poète. Chateaubriand, Rimbaud, Baudelaire, Aloysius Bertrand, Lautréamont sont de grands ou de parfaits poètes en prose. Mais il n’est même pas nécessaire de noircir du papier pour être poète. La poésie, je l’ai dit naguère et je le dis encore, exprime un état psycho-physiologique. Pour parler plus simplement, on vit ou on ne vit pas en état de poésie. Tout ce qui, dans la vie, n’a pas pour objet l’intérêt matériel, pour opération de l’esprit la pensée de tirer des autres le meilleur, vous donne droit à la bonne route et peut vous conduire à l’état poé bûcherons et les pêcheurs éprouvent sur place que la poésie existe par elle-même à la manière d’un murmure infiniment subtil et compliqué, que certains savent traduire avec beaucoup de bonheur. Et parfois les bergers s’entendent à ce jeu, dans leur forme et dans leur rêverie particulière, tout aussi bien que les professionnels. J’ai connu jadis un bon jardinier, municipal et taciturne, qui, lorsqu’il consentait à desserrer les dents, parlait des fleurs admirablement. Quant au poète-écrivain, eh bien, c’est un chasseur. Sa mission est de rapporter de la beauté pour tout le monde…Pour moi, je demande un cÅ“ur frais, l’esprit solide d’un vieil orme, l’âme simple et profonde, riche d’un génie, celui de la spontanéité dans la réussite, celui de l’image atteinte, celui de l’inflexion qui vous bouleverse, lorsque cette âme prend le parti de se faire connaÃtre par l’intermédiaire de la poésie française, une des plus difficiles du monde. Ce fut une des dernières confidences que me fit Albert Thibaudet, que je ne regretterai jamais assez. Avant de mourir innocemment, comme il avait vécu, notre Thibaudet me disait qu’il préparait quelques pages sur la poésie française, la seule qui ne souffre aucune médiocrité, ni sur le plan de l’inspiration ni sur celui de l’exécution ; la seule qui ne tienne aucun compte des intentions ; la seule enfin qui ait osé s’attaquer aux pièges les plus tentants du mystère, grâce à Rimbaud, à Mallarmé ou à Maldoror, et plus tard aux rigueurs mozartiennes du la poésie est aussi un grand calme qu’on entend, qui vous saisit et vous accélère, et elle est une sorte de scintillement permanent auquel il faut se donner. * * * J’ai voulu vous montrer d’abord par quel miracle l’art des vers réalise pleinement et fixe éternellement cette aspiration sublime de l’âme humaine, la Poésie. Bientôt je commencerai, de cet art, à vous enseigner les règles certaines et précises, tout en essayant de vous communiquer en chemin, par la beauté des exemples, l’instinct des lois mystérieuses qui ne peuvent être réduites en formules et en préceptes. Aujourd’hui, laissez-moi vous dire pourquoi j’ai entrepris cet ouvrage, et ce que j’en attends pour vous tous qui le lirez, si vous voulez bien le lire avec l’attention, avec la piété que je saurai mettre à l’écrire. J’en attends pour vous, ô mes chers lecteurs, et, par surcroît, pour moi-même, un élargissement et un ennoblissement, une consolation, une pacification, une illumination de tous les jours de la vie. En quelque obscurité de condition que le hasard vous ait fait naître, à quelque médiocrité de fortune que vous vous trouviez attachés, je vous promets, — si, par l’initiation à leur art, vous arrivez à comprendre, à pénétrer, à vous assimiler pleinement le génie des poètes, — je vous promets de vous ouvrir des sources de joie, grâce auxquelles plus d’un éclat vous paraîtra pâle et plus d’une grandeur petite. Car, en étant à même de communier ainsi avec les poètes, vous aurez atteint, vous aurez égalé la vie supérieure que les plus nobles esprits et les plus grands cœurs de tous les siècles auront vécue aux heures les plus hautes et les plus généreuses de leur passage parmi les hommes. Écoutez Lamartine, à la huitième vision de la Chute d’un Ange Il est, parmi les fils les plus doux de la femme,Des hommes dont les sens obscurcissent moins l’âme,Dont le cœur est mobile et profond comme l’eau,Dont le moindre contact fait frissonner la peau,Dont la pensée, en proie à de sacrés délires,S’ébranle au doigt divin, chante comme des lyres,Mélodieux échos semés dans l’universPour comprendre sa langue et noter ses concerts…Ceux-là, fuyant la foule et cherchant les retraites,Ont avec le désert des amitiés secrètes ;Sur les grèves des flots en égarant leurs pas,Ils entendent des voix que nous n’entendons pas Ils savent ce que dit l’étoile dans sa course,La foudre au firmament, le rocher à sa source,La vague au sable d’or qui semble l’assoupir,Le bulbul à l’aurore et le cœur au soupir. Les cornes des béliers rayonnent sur leurs têtes. Écoutez-les prier, car ils sont vos prophètes Sur l’écorce, ou la pierre, ou l’airain, écrivezLeurs hymnes les plus saints pour l’avenir gravés ;Chargez-en des enfants la mémoire fragile,Comme d’un vase neuf on parfume l’argile ;Et que le jour qui meurt dise aux jours remontantsLe cri de tous les jours, la voix de tous les temps !C’est ainsi que de Dieu l’invisible statue,De force et de grandeur et d’amour revêtuePar tous ces ouvriers dont l’esprit est la main,Grandira d’âge en âge aux yeux du genre humain,Et que la terre, enfin, dans son divin langage,De pensée en pensée achèvera l’image ! Oui, voilà bien à quelle plénitude de vie vous vous trouverez associés par le commerce intime avec les poètes. Au milieu de ces vers admirables, il en est un, bien simple, que je n’ai pu transcrire sans que de chers souvenirs me remontassent au cœur, c’est celui-ci Chargez-en des enfants la mémoire fragile ! Et ce qu’il me rappelle, c’est l’éveil en moi du sens poétique, c’est la révélation de la Poésie telle qu’elle me fut faite, en mon plus jeune âge, sur les genoux maternels. Et j’ai tant dû à cette initiation première qu’en essayant d’initier autrui à tout ce que contient le langage des vers, il me semblera que c’est une dette que je paye. Oh ! le Petit oreiller » de la tendre Marceline Desbordes-Valmore !… Cher petit oreiller, doux et chaud sous ma tête,Plein de plume choisie, et blanc, et fait pour moi,Quand on a peur du vent, des loups, de la tempête,Cher petit oreiller, que je dors bien sur toi ! … Que de fois il fallut que ma mère me les répétât, ces doux vers, jusqu’à la prière finale Donne à l’enfant perdu, que sa mère abandonne,Un petit oreiller qui le fera dormir ! Et lorsque je les sus par cœur, ce me fut encore une récompense que de les lui entendre redire, si j’avais été sage. Et ce fut la clé d’or qui m’ouvrit à jamais la porte des rêves. A présent, Corneille peut venir, avec le Cid, soulever d’enthousiasme héroïque le petit collégien qui pleurait de tristesse derrière les barreaux de sa prison. Et vous pourrez lui donner bientôt les Méditations de Lamartine ; il les cachera, comme un trésor volé, dans le fond de son pupitre, d’où il les tirera, vingt fois par jour, pour les lire, relire et apprendre, pour transformer en mélancolie délicieuse et consolée sa morne détresse de tout à l’heure. Et quand il sera devenu un homme, — et ici je ne parle plus de moi, mais de vous peut-être, — quand il se demandera comment il a échappé à certaines souillures, protégé contre les vents mauvais la pure flamme de l’amour, élevé dans son cœur un autel à la pitié, gardé l’espérance, évité un peu de mal, fait un peu de bien, il vous dira qu’il le doit surtout aux poètes. Les autres enseignent, mais l’oreille peut les entendre sans que l’esprit les écoute et que le cœur les croie eux, les poètes, par le magique pouvoir du rythme, ils appellent, ils retiennent, ils insinuent, ils pénètrent. Comme une religion par le moyen des mythes, la Poésie prend des idées et les transforme en sentiments par le moyen des images, lesquelles sont des actions commencées, comme les actions sont des images réalisées ; car, entre l’idée pure et l’action, il y a un abîme que l’ébranlement de la sensibilité peut combler seul. Et c’est pourquoi la Poésie, souveraine maîtresse des images, est, pour ceux qui la comprennent et qui l’aiment, la souveraine maîtresse de la vie intérieure, prête à se réaliser en actes. Les anciens le connaissaient bien, le pouvoir éducatif et comme religieux de la Poésie. Rappelez-vous ce que dit Platon au troisième livre de sa République, où, selon l’habitude des Grecs, il appelle musique » la réunion de tous les arts du rythme poésie, musique et danse La musique est la partie principale de l’éducation, parce que le nombre et l’harmonie s’introduisant de bonne heure dans l’âme du jeune homme, s’en emparant, y font entrer à leur suite la grâce, la beauté et la vertu. Et cela, dès l’âge le plus tendre, avant que d’être éclairé des lumières de la raison ; et, quand la raison sera venue, il s’attachera à elle aussitôt par le rapport secret que cet art aura mis entre la raison et lui. » Et Pindare a dit en une de ses odes La Poésie fait la paix dans le cœur de l’homme et dans le monde. Elle désarme Arès et éteint le feu du ciel ; elle endort l’aigle même sur l’égide de Zeus, que baigne un nuage d’harmonie. » Magnifique image de cette vertu pacifiante de la Poésie qui fait de l’amour jusques avec de la haine, et du calme jusques avec de la colère, en les ordonnant par la vertu d’une harmonieuse cadence. Et c’est encore un parfait symbole de la Poésie éducatrice et pacifiante, que ce temple d’Éphèse évoqué par Victor Hugo dans son poème des Sept Merveilles du Monde Moi, le temple, je suis législateur d’Éphèse ;Le peuple, en me voyant, comprend l’ordre et s’apaise ;Mes degrés sont les mots d’un code ; mon frontonPense comme Thalès, parle comme Platon ;Mon portique serein, pour l’âme qui sait lire,A la vibration pensive d’une lyre ;Mon péristyle semble un précepte des cieux ;Toute loi vraie étant un rythme harmonieux,Nul homme ne me voit sans qu’un dieu l’avertisse ;Mon austère équilibre enseigne la justice ;Je suis la vérité bâtie en marbre blanc ;Le beau, c’est, ô mortels, le vrai plus ressemblant ;Venez donc à moi, foule, et, sur mes saintes marches,Mêlez vos cœurs, jetez vos lois, posez vos arches Hommes, devenez tous frères en admirant !… Dans ces vers profonds et superbes, le beau n’est pas seulement devenu le vrai, il est devenu le bien ; il s’est transmué en justice, en fraternité, en amour. Oui, les chefs-d’œuvre sont les vrais éducateurs des peuples ; leurs plus vrais législateurs, ce sont, et surtout ce devraient être leurs poètes, en qui l’on retrouverait, tout le reste fût-il détruit, l’essentiel de ce qui aurait été pensé, senti, voulu, agi par la race. Toute la Grèce est dans Homère ; Dante et Pétrarque ont fait l’Italie ; et quant à Shakespeare, écoutez ce qu’en dit le grand Anglais Carlyle Si l’on nous demandait Voulez-vous abandonner votre empire indien où votre Shakespeare ? », réellement ce serait une grave question. Des personnages officiels répondraient sans doute en langage officiel ; mais nous, pour notre part, ne serions-nous pas forcés de répondre Empire indien ou pas d’empire indien, nous ne pouvons faire sans Shakespeare. L’empire indien s’en ira, en tout cas, quelque jour ; mais ce Shakespeare ne s’en va pas, il dure à jamais pour nous ; nous ne pouvons abandonner notre Shakespeare… Nous pouvons l’imaginer comme rayonnant en haut sur toutes les nations d’Anglais dans mille ans d’ici. De Paramatta, de New-York, en quelque lieu que soient des hommes anglais et des femmes anglaises, ils se diront les uns aux autres Oui, ce Shakespeare est à nous ; nous l’avons produit, nous parlons et pensons par lui… » Oui, vraiment, c’est une grande chose, pour une nation, que d’arriver à avoir une voix articulée, que de produire un homme qui exprimera mélodieusement ce que son cœur à elle pensea. » Eh bien ! nous aussi nous les avons, nos Homère, nos Dante, nos Pétrarque et nos Shakespeare, qui expriment et qui exaltent mélodieusement » le génie particulier de notre race, qui sont notre lien national et qui, de plus, par un rare privilège, sont plus qu’aucuns poètes du monde les miroirs de l’homme universel et les annonciateurs de l’humanité future. Or, quel culte leur vouons-nous ? Hélas ! … Il n’est pas d’humble fraülein » qui, en quittant l’Allemagne pour aller servir, n’emporte dans sa malle l’Hermann et Dorothée de Goethe, ou les poésies de Schiller. Il n’est presque pas de maison anglaise où il n’y ait un Shakespeare ; et plus d’une pauvre miss », venue en France pour élever nos enfants, rouvre chaque soir son Tennyson, et, par les Idylles du Roi ou la Princesse, reste en communication consolante avec l’âme de sa patrie, et avec un peu d’idéal. Connaissons-nous bien, nous qui avons étudié, qui sommes des savants presque, tout ce que renferme de consolation et de joie, d’héroïsme et d’amour, le trésor de Corneille et de Racine, d’André Chénier, de Lamartine et de Victor Hugo, sans vouloir parler des vivants ? Dans combien de bibliothèques bourgeoises ne chercherait-on pas en vain un Alfred de Musset, un Leconte de Lisle, un Sully Prudhomme ? Il est des villes entières où l’on ne trouverait pas un seul volume des poètes modernes, à côté des vieux classiques jamais rouverts depuis le collège… Quant au peuple, il ne sait même pas les noms des uns ni des autres ! Et pourtant, on lit… Mais que lit-on, pour que l’obscénité monte, pour que la haine grandisse, pour que la volonté se dissolve, pour que la notion de l’amour se déprave, pour que le sens du bien et du mal aille en s’émoussant ? Nul recours que dans les poètes, en qui, pendant des siècles, se sont concentrées les tendresses, les puretés, les énergies, les espérances de notre race, avec le pouvoir de les répandre, au moindre appel, sur la multitude des âmes. Eh bien ! cette vertu de concentration et ce pouvoir d’expansion, la Poésie le doit à ces lois magiques, à cet art des vers sans la connaissance duquel les vers ne sont que des lignes inégales et vaguement sonores. Pour qui ne connaît point cet art, les vers semblent même, ô erreur ! avoir entravé la pensée ; pour qui le connaît, au contraire, ils l’ont délivrée, ils ont — et ils le pouvaient seuls — ouvert à son libre vol les perspectives infinies. Apprenons ensemble l’art des vers. Le chemin que nous aurons à suivre sera quelquefois aride ; mais vous savez, à présent, à quels jardins enchantés il peut nous conduire partons. ❦ Publié le lundi 14 juin 2021 à 09h12 Florilège des meilleurs moments de Boomerang cette semaine Augustin Trapenard était en compagnie du sociologue Edgar Morin, de la comédienne Kristin Scott Thomas, la chanteuse et guitariste du groupe Texas Sharleen Spiteri, les écrivains Hervé Le Tellier et Pascal Fioretto et le rappeur Youssoupha. Réécoutez le mix du best-of de Boomerang réalisé par Anouk Roche Le best-of de Boomerang du vendredi 11 juin 2021 15 min France Inter Edgar MorinLe penseur est venu partager son humanisme, ses expériences passées, ses doutes, ses erreurs, ses espoirs, ses victoires sur le temps, inexorable tout autant que salutaire. Du communisme à l'humanisme, en passant par la Résistance, il continue, à bientôt 100 ans, à s'élever face à tout ce qui pourrait nous empêcher de vivre dans la solidarité avec autrui et soi-même. Retrouvez toute la solennité de son entretien au micro de Boomerang. EM "Quand j'ai voulu écrire, un ami m'a proposé de la cocaïne. J'ai pris cette petite poudre qui m'a exalté, mais il est certain que j'ai écrit comme un fou pendant une nuit en pensant que j'avais fait quelque chose de génial. Et quand j'étais un peu détoxiqué, j'ai vu que c'était nul et j'ai abandonné la cocaïne [...] La complexité, c'est essayer de comprendre le lien entre toutes les composantes de la crise que nous vivons. Il faut repenser le monde avec une pensée telle que j'ai essayé de le faire dans mes travaux car, dans le monde, les choses ne sont pas séparées, cloisonnées comme dans les disciplines qu'on enseigne, elles sont liées par des interactions multiples. On peut espérer que va se créer une force politique cohérente qui est capable de changer de voie et d'aller dans un sens d'une nouvelle politique sur l'économie, sur l'écologie, avec les problèmes de la consommation, de la vie quotidienne, etc [...] Nous vivons dans l'immédiat. Nous vivons dans des réponses uniquement données par le calculs et les statistiques. Et la pandémie aura été une occasion formidable d'avoir ce temps de réflexion que nous n'avons pas malheureusement pris [...] Le propre de la connaissance complexe, c'est de savoir qu'on ne pourra jamais éliminer toute incertitude Le fait est de ne pas croire que le présent est éternel. C'est de savoir que la vie humaine personnelle est déjà une aventure et que cette aventure que chaque individu vit aujourd'hui, c'est toute l'humanité qui la vit et qui affronte des périls qu'elle-même a créé par le déchaînement de cette machine techno-économique, animée par une soif inextinguible de profits. Si on prend conscience de ça, on voit dans quel sens nous pouvons aller [...] Ça m'a toujours un peu éberlué parce que j'ai vécu mes 80 ans et passés dans une très grande activité. Et puis je me suis dit que c'était un âge où je devrais normalement mourir. Et à force de passer les années 90-92-93… à force de voir que je ne mourrais pas, je me suis habitué à vivre. Et, brusquement, l'arrivée de 100 ans, elle me vient comme un rappel, comme une cloche qui me dit "attention, ta mort est proche". Ma vitalité ou mon activité ont fait que, de toute façon, elle chassait le spectre de la mort. Nous avons en nous une force intérieure qui nous dit "vis, vis". Pour moi, la prose de la vie, ce sont les choses qu'on fait par contrainte, obligation. La poésie, c'est ce qui nous donne un état d'émotions heureuses, d'exaltation, d'enthousiasme. Bien entendu, on la trouve dans l'amour. Moi, je la trouve dans la musique que j'aime, dans les rencontres, dans les communautés, dans les repas vécus en commun, fraternels. La poésie de la vie ne doit pas seulement être écrite, mais vécue 🎧 CARTE BLANCHE - "Le propre de l'homme est de toujours espérer le meilleur et d'éloigner le pire" Kristin Scott ThomasLa comédienne est à l’affiche de "Cinquième Set", de Quentin Reynaud, aux côtés d’Alex Lutz. Au micro de Boomerang, elle expliquait combien le cinéma était un moyen de se retrouver dans des personnalités, des rôles lui permettant de devenir pleinement elle-même. Elle en a profité pour retracer ses grands moments cinématographiques. Voici son entretien dans Boomerang KST "On est en face de sa mortalité à chaque fois qu'on se voit sur un immense écran, on voit ce visage qui prend les années. Je me souviens, j'avais amené ma mère quand elle avait 82 ans à Venise et elle m'a dit en rigolant "J'aimerais tellement un jour habiter à Venise". Et elle se tourne vers moi, elle commence à rigoler et me dit "je dis ça comme si j'avais encore 40 ans à vivre". Et cet enfant qui est en elle, cette gamine de 15 ans qui dit "un jour, un jour, un jour" Et elle a 82 ans aujourd'hui, c'est merveilleux ça". Sharleen SpiteriÉgérie du groupe "Texas", la chanteuse et guitariste écossaise est revenue sur ce qui leur a toujours permis de perdurer sans se laisser dépasser par les renouvellements de l'art musical. Rétrospective d'une époque, celle des années 1990 et genèse d'un des groupes pop rock les plus avant-gardistes, au micro d'Augustin Trapenard. SS "Le monde est masculin, on ne va pas se raconter des histoires. Même dans le monde de la musique, aujourd'hui, on est avec Metoo, les hashtag, etc. On parle de tout ça mais est-ce qu'on fait quelque chose ? En tout cas, moi, je ne vois pas de changements dans le secteur musical et dans la plupart des autres secteurs non plus. J'ai jamais essayé d'être badass. Je ne suis pas devenue ce que je suis par la musique Mes parents, mon père, ma mère m'ont élevée, de telle sorte que j'ai confiance en moi. Je ne sépare pas l'homme et la femme. Je n'ai pas cette barrière dans ma vie. Et comme il n'y a pas cette barrière et qu'il n'y a pas ces règles-là, je n'ai pas de limites, je me dis que, bien sûr, je peux y arriver, que je peux faire ça. Et pourquoi pas ? Et puis aussi, je suis prête à me planter. Mais la manière dont mes parents m'ont élevée, c'était de me dire que j'aurais toujours le choix de toute façon. Quand on est une femme et lorsqu'on sait que l'on a le choix, ça donne beaucoup de liberté de confiance Une bonne chanson pour moi, c'est quand, tout à coup, j'entends quelque chose qui vraiment va se diffuser dans mes veines. Et, à ce moment-là, je me rends compte que mon cœur bat exactement au rythme de la chanson, des paroles, c'est quand les gens se voient dans la chanson et c'est à ce moment-là qu'ils peuvent se l'approprier. Je ne peux pas imaginer qu'on n'ait pas d'images parce que, moi, ce que je vois, c'est une image". 🎧 CARTE BLANCHE - Sharleen Spiteri reprend "To love Somebody" des Bee Gees Hervé Le Tellier et Pascal Fioretto Pascal Fioretto pastiche le lauréat du Goncourt 2020 pour "L’Anomalie", best-seller où, dans un avion, huit personnages atterrissaient à deux moments différents, avant de se retrouver face à leurs doubles. Dans "L'anomalie du train 006", Fioretto l'imagine de nouveau, mais dans un train cette fois. Leur interview dans Boomerang. PF "À l'origine, le pastiche, c'était un exercice d'imitation. C'est aussi un exercice d'imitation des maîtres de la peinture. Moi, je pense que c'est la meilleure des master classe, quand on arrive à écrire à la façon de Hervé Le Tellier ou de n'importe qui d'autre d'ailleurs, on repère les trucs et on apprend de la technique. Moi, je pense que c'est extraordinairement formateur". HLT "Le pasticheur, lorsqu'il pastiche bien, ce qu'il pastiche, ce n'est pas seulement l'auteur, c'est l'idée qu'on se fait de l'auteur. Et moi, j'ai déjà fait un pastiche de Duras, qui n'était pas du tout durassien, mais qui marche très bien parce qu'on l'imagine tout à fait dans la bouche de Duras. Mais ça n'allait pas du tout. Il n'y a pas un seul exemple où il l'utilise le conditionnel comme je l'avais utilisé. Mais ça sonne comme du Duras. C'est l'idée de la musique dont parlait Proust. Il y a malgré tout cette musique qu'on entend par derrière, qui fait que c'est plausible". PF "C'est par ce biais-là que je donne, à ma toute petite échelle, ma vision des choses. Je pense que je suis un bouffon et que j'ai choisi, pour parler de la comédie humaine, en l'occurrence, c'est souvent la comédie des lettres, je propose un regard sur ce petit monde. Lais le vrai est un moment du faux. Parfois surgit dans toute cette galerie de faux écrivains, puisqu'ils sont des avatars surgis du vrai. Il y a des choses qui sont plus vraies que le vrai. Quand le pastiche fonctionne, c'est comme ça que ça se passe". HL "Je prends l'exemple de Mélatonine, le pastiche formidable de Michel Houellebecq, à un moment donné, évidemment, on le reconnaît parce qu'il a ce talent de reproduire à la fois les thématiques qu'utilise Houellebecq, la dépression, le monde qui s'effondre, ce portrait d'un looser permanent, la misère sexuelle, tous ces schèmes qui appartiennent vraiment à Houellebecq. Et puis, derrière, il y a la voix totalement ironique, totalement drôle, totalement réjouissante de Pascal Fioretto qui fait qu'on le reconnaît. Il y a quelque chose en plus qui est la moquerie de la moquerie. Et ça, c'est formidable". 📖 LIRE - Pascal Fioretto L'anomalie du train 006 Hérodios YoussouphaLe rappeur a sortir, ce printemps, son nouvel album "Neptune Terminus" et a également interprété "Ecris mon nom en Bleu, crie mon nom en Bleu", pour accompagner les joueurs sélectionnés pour l'euro 2021. Aux côtés d'Augustin Trapenard, il s'est confié sur l'importance qu'il accorde au sens de la nuance, de l'échange avec ses fans et ceux qui n'ont pas forcément la chance d'être entendus et dont il entend relayer la parole. Son échange dans Boomerang. Y "On est à une époque où on aime penser vite, c'est la culture de la réaction. On veut avoir des réactions plutôt que des pensées ou des réflexions. On veut avoir des avis tranchés alors que tout est nuancé tout le temps. Et il y a même quelque chose de plus insidieux qui se passe dans cette époque quand on est nuancé, on a l'impression que notre avis n'est pas solide alors que, justement, il amène à plus de réflexion. On a tendance à prêter l'oreille à ceux qui ont des envies tranchées. On se dit que, voilà, il a un avis solide alors que la réalité est beaucoup plus complexe que ça. Les gens sont plus complexes que ça. La complexité demande de l'effort, du temps, de penser, de prendre de la hauteur, de prendre du recul, la capacité de dire que je ne sais pas ou que je ne sais pas encore. Plutôt que d'avoir une espèce de société où tout le monde a un avis sur tout [...] Le rap, notamment, le rap de MC Solaar, m'a appris à être bavard. J'avais des choses à dire et cette culture silencieuse ne me convenait pas J'avais des choses à dire sur un peu tout et n'importe quoi. Ma vie à l'école, l'Afrique qui me manque, ce que j'aimais en arrivant ici, mes nouveaux potes, l'ascenseur qui ne marche pas dans mon immeuble HLM… Je cherchais la forme et, en découvrant des rappeurs comme MC Solaar, je me suis dit que je pouvais le dire sous cette forme-là. Il n'y a pas besoin d'avoir quelque chose de grave à dire pour pouvoir le dire. Mon obsession c'est la décharge émotionnelle Ce n'est pas une question de vocabulaire. Quand la décharge émotionnelle, elle est transmise, c'est trouver les mots simples, des sensations fortes [...] J'ai commencé à écrire, j'étais jeune adolescent, à 12 ans, mais je ne savais pas ce que j'écrivais en fait. J'avais juste envie d'écrire des choses et j'aimais bien cette matière. Les mots, c'était presque de la sculpture. J'aimais bien les mâcher, les détourner. À l'époque, c'était l'arrivée du verlan, de l'argot. J'adorais ça". 🎧 CARTE BLANCHE - Le free style inédit de Youssoupha Aller plus loin🎧 SUIVRE - Boomerang Tous les entretiens d'Augustin Trapenard, du lundi au vendredi à 9h05 ▶︎▶︎▶︎ BoomerangInte Vous trouvez cet article intéressant ? Faites-le savoir et partagez-le.

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